Les participations au Café Thé n° 196 - Que mettriez vous dans votre "sac de secours" ?
Pour ce 196ème Café Thé, je vous ai proposé de nous exposer ce que vous mettriez dans votre" sac de secours" ou "kit d'urgence" à préparer en cas d'évacuation suite à un événement climatique (incendie, inondation, tempête...), ou une crise,
ou d'imaginer une situation où vous utiliseriez ce sac et nous la raconter.
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Les consignes étaient : Ecrivez, fabulez, rimez, dessinez, brodez, scrappez, chantez, délirez, faites ce que vous voulez... Faites nous rire ou pleurer...
Si vous êtes blogueur, ne publiez pas votre texte avant la parution des participations (le 2 septembre 2026).
Vous êtes 6 à avoir participé (Jill Bill, Laura, Vagamonde, Marie-Sylvie, Livia et François)
et je vous en remercie.
Bravo à tous et toutes !
Voici les 6 participations.
"Et si demain..." de Jill Bill du blog : "Melting-pot" :
Ce fut aussi une période où pour moi tout semblait à sa juste place au niveau moral et physique
Nous nous mariâmes et je lançais mon activité d’écrivaine publique, remarquée par le journal local qui me consacra un article. Je pris aussi de belles commandes mais au niveau de l’usine, le vent tournait et moi je perdis mon premier paiement d’écrivaine. Le directeur du groupe textile voulait se débarrasser de l’usine de mon mari qui monta un plan de reprise et se battit comme un lion…en vain comme l’écrivaine dans le journal. L’usine de mon mari ferma puis l’autre jusqu’à la vente (déchirante) aux enchères du matériel. Un des acheteurs vint parler à mon mari d'un, poste au Maroc. Nous commençâmes donc par préparer nos affaires non pour un camion de déménagement mais pour un container qui partirait sans nous au Maroc. Nous laissâmes des choses inutiles là-bas chez mon beau-père. Mon père refusa de nous en prendre. De mon côté, par besoin financier et pour nous alléger, j'emmenais des livres à vendre. J'ai laissé le hasard faire car je n'arrivais pas à choisir mes préférés et les pestiférés. Nous chargeâmes donc le container et nous le réceptionnâmes 10 jours je crois après notre arrivée là-bas. Le travail de mon mari était difficile et passionnant. La vie était passionnante et parfois difficile, comme femme et exilés
Au bout d'une année et demie, notre vie de résidents se compliqua et nous dûmes nous préparer pour mettre nos affaires dans un container et je préparais :
Un petit carton blanc
Dans un petit carton blanc,
J’ai mis un jour les disques
De mon chanteur préféré.
Dans un petit carton blanc,
J’ai calé les Œuvres Complètes
De mon écrivain tant étudié :
Trois jolies Pléiades
Et leur album : un quatuor magique,
Surtout bien protégé.
Dans un petit carton blanc,
J’ai glissé Baudelaire
Et ses « Œuvres » si décortiquées.
J’ai fermé le petit carton blanc
Et pour un jour que j’espérais proche,
Je l’ai mis de côté.
Puis nous avons pesé nos valises noires,
Pas plus de vingt kilos à emporter,
Un choix cornélien :
Ma plaquette de pilule en cours
Et autres traitements ;
Des vêtements chauds
Pour le pays d’arrivée.
Mon livre en cours
Et quelques autres d’avance
Pour ne pas manquer.
On a compté les petites cuillères
Puis fermé la porte.
Nous avons déjeuné dehors,
Il faisait vingt degrés sous les palmiers.
Une journée sous le signe du vingt.
À l’arrivée, on nous attendait
Avec de l’amour et des critiques.
Il avait bien gelé.
A mon coucher
Dans un nouveau lit
J’ai retrouvé mon livre en cours.
Comme à chaque nouveau paysage
Un livre est toujours là
Changeant mais rituel inchangé
Quant au petit carton blanc
Il resta là-bas seul
Plus longtemps qu’on l’aurait imaginé.
Trois ans après
Après maintes péripéties
Et moult avanies.
J’ai retrouvé mes Œuvres complètes
De Baudelaire et Nerval
Inchangées mais toujours changeant
Ma vie.
"Ma pochette de secours" de Vagamonde du blog : "Escapades ou voyages avec Vagamonde" :
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La nuit tombe sur Le Mans
Et je reconnais ce moment précis où l’air change.
Ce n’est pas seulement le froid ou l’humidité :
C’est cette tension qui s’installe dans les rues
Ce mélange de silence et de bruit qui n’a rien de normal.
Les motos trafiquées commencent à tourner en rond
Les éclats de voix montent depuis les parkings
Les groupes se rassemblent près des halls d’immeubles.
Je connais ces soirs-là.
Je sais quand le quartier bascule.
Ce soir-là les unités spéciales ont été appelées.
On m’a prévenue :
《 On va devoir vous évacuer.
Préparez un bagage. 》
Je ne peux pas courir.
Je ne peux pas me déplacer seule.
Alors je dois être prête ... vraiment prête.
Je pose mon bagage sur le lit :
Un modèle solide à roulettes que je peux tirer sans me faire mal.
Je vérifie la poignée
La fermeture éclair
Le poids.
Je n’ai pas le droit à l’erreur.
Je commence par l’indispensable
Je glisse ma carte d’identité
Ma carte vitale
Mes ordonnances
Mes documents médicaux.
Je mets aussi une copie de mes papiers dans une pochette plastique au cas où le bagage serait fouillé ou mouillé.
Je prends mon téléphone
Ma batterie externe
Mon chargeur.
Je vérifie le niveau de batterie : 100 %.
Je sais que chaque pourcentage compte.
J' ajoute mon petit carnet où j’ai noté les numéros importants :
Médecin
Pharmacie
Voisins de confiance
Amis
Services d’urgence.
Dans le stress la mémoire peut se brouiller.
Je mets une bouteille d’eau
Mes médicaments du jour et ceux de secours.
Je glisse une trousse avec mes traitements classés par ordre d’urgence.
Je prends une couverture légère et facile à plier.
Une lampe de poche.
Un masque.
Des lingettes.
Un petit gel hydroalcoolique.
Un coussin pour m’installer sans douleur dans le véhicule parce que mon immobilité ne me laisse aucune marge.
Je prends aussi ce qui m’aide à tenir
Un petit objet turquoise ma couleur refuge.
Je le serre dans ma main quelques secondes pour calmer mon souffle.
Je prends la phrase de Frère Jean écrite depuis longtemps sur un papier que je garde dans un tiroir :
《 Quand le monde tremble
Tiens-toi du côté de la lumière. 》
Je la relis.
Elle me tient debout.
Une odeur familière peut aussi calmer plus vite que n’importe quel médicament.
Mes deux chattes comprennent avant que l’on frappe
Yre-Au-Griff observe sans bruit.
Elle se poste près de la porte comme si elle attendait quelque chose.
Ses oreilles bougent au moindre son dans le couloir.
Maïtshane elle vient se coller contre ma jambe.
Elle sent ma tension.
Elle la boit.
Elle la transforme en chaleur.
Elles ne miaulent pas.
Elles ne paniquent pas.
Elles savent.
Elles restent près du bagage.
Yre-Au-Griff pose sa patte dessus comme pour dire :
《 Je surveille. 》
Maïtshane se glisse contre moi comme pour dire :
《 Respire. 》
Je leur parle doucement pour ne pas qu’elles s’inquiètent.
Je leur dis que je reviendrai.
Que ce n’est qu’un passage.
Je ferme le bagage
Je glisse un dernier papier :
Quelques lignes que j’ai écrites
Un petit texte qui me rappelle que je suis encore là
Que je tiens
Que je traverse.
Je ferme la fermeture éclair.
Je vérifie deux fois.
Je m’assure que rien ne dépasse.
Dans le couloir j’entends des pas lourds.
Des voix brèves.
Des radios qui grésillent.
Les unités spéciales frappent à la porte.
Je sursaute mais je suis prête.
Yre-Au-Griff relève la tête.
Maïtshane cligne doucement des yeux.
Je prends le bagage.
J’inspire une fois profondément.
Et je murmure :
《 On y va. 》
"La catastrophe" de Livia du blog "Livia Augustae" :
Le soleil darde ses rayons depuis un mois déjà et la nature est en souffrance, tout est sec, sous les pins la chaleur est torride et la forêt suffoque .
Un inconnu jette son mégot par la fenêtre de sa voiture en traversant la forêt.
Aussitôt l’herbe grésille et commence à brûler sournoisement, comme en cachette, à tout petit feu, la flamme rampe et s’en va plus loin en brûlant tout sur son passage, elle veut encore et encore de quoi se nourrir, on a l’impression qu’elle cherche en tâtonnant, tout ce qui peut brûler pour assouvir sa fringale dévorante, elle n’est pas rassasier par ce petit carré d’herbes sèches, elle continue sur sa lancée, et lèche les troncs des grands pins, le vent se lève s’empare de brins enflammés et les projette en tourbillons de l’autre côté de la route, le feu assoiffé dévore cet autre parcelle et rampe encore et toujours plus loin…
Maintenant de grandes flammes s’élèvent, enlacent les grands pins qui deviennent des torches vivantes, un village sur sa route est dévoré, les habitants heureusement étaient déjà partis.
Les pompiers sont là, mais le feu est de grande envergure, les canadairs survolent le feu en lâchant des tonnes d’eau, le ciel est noir, noyé sous la cendre, qui s’envolent de ci de là….
Il faut partir, quitter sa maison, on attrape un grand sac et à la hâte on empile de tout dedans, ce qui va servir ou pas, on emporte le maximum tout ce qui a valeur à nos yeux, le sac est plein, on remplit un autre sac avec des provisions de bouche et de l’eau
A midi, il fait presque nuit, il faut vraiment partir avant d’être cernés par le feu.
On empile tous les sacs dans le coffre de l’auto, et bien que l’on sait que le feu entrera sans frapper, on ferme la maison avec soin, on s’en va, mais on s’en va sans trop savoir où ?
Finalement on se rend dans un gymnase qui recueille les sinistrés, la croix rouge offre de la literie et de la nourriture, il y a là un monde désemparé, un monde choqué, un monde empilé dans ce grand gymnase qui résonne au moindre petit bruit, jusqu’à quand ???
Cela on n’en sait rien, le feu continue de dévorer la forêt en rugissant !
"Evacuez, évacuez !" de François du blog "Poésies de François" :
Une sirène a sonné.
Les portables ont grésillé.
Une voix ne fait que crier,
Évacuez, évacuez.
Il faut tout abandonner,
Éminent est le danger.
Nous prenons nos sacs à dos
Pour y mettre le nécessaire,
Pour être libre de nos mains,
Pour affronter un monde austère,
Que ce soit le feu ou l'eau,
Ou peut-être la guerre,
Il faut adapter notre paquetage,
Et fuir avant le grand ravage.
L'urgence, c'est ne pas perdre nos documents,
Enregistré sur portable et ordinateur,
Envisagez le nécessaire,
Selon la menace sur notre terre,
Avec des changes appropriés.
Prendre de l'eau, de la nourriture,
Et de quoi traiter nos blessures.
En prenant notre courage à deux mains,
Sans oublier nos papiers,
En se pressant lentement,
En agissant méthodiquement,
Sans chercher à s'affoler,
En rejoignant le chemin qui conduit à la voiture.
Là ,va commencer notre douloureuse aventure.